(Dossier) Intérêt de l’hypnose dans la pratique infirmière

Apprendre l'hypnose c’est apprendre à accepter toutes les solutions apportées par le patient, y compris et surtout celles qui ne rentrent pas dans un cadre formalisé soignant.
Apprendre l'hypnose c’est apprendre à accepter toutes les solutions apportées par le patient, y compris et surtout celles qui ne rentrent pas dans un cadre formalisé soignant.

La pratique infirmière est une pratique qui utilise des informations, issues de la recherche en soins infirmiers et d’études systématiques, permettant d’identifier les déterminants et facteurs qui influencent les besoins de santé et de soins ainsi que des interventions qui s’avèrent les plus efficaces pour y remédier dans un contexte et un ensemble des patients donnés. Etant classée dans les méthodes psychocorporelles, l’hypnose s’inscrit naturellement dans le champ de compétence propre de l’infirmière, et ce après avoir suivi une formation adaptée.

L’hypnose est un processus actif qui peut stimuler le désir et/ou renforcer la volonté propre du patient et qui ne peut jamais aller à l'encontre de celle-ci. C’est un phénomène naturel qui peut survenir spontanément dans un contexte particulier. L’induction hypnotique peut se faire par un discours monotone et répétitif, ce qui crée un état de carence sensorielle où la réalité extérieure peut se mêler à la réalité intérieure, ce qui, en créant une confusion, peut augmenter la suggestibilité et favoriser ainsi un changement.

 

L’être humain bio-psycho-social est constitué d’un corps et d’un esprit. Ne s’occuper que du corps n’est pas suffisant. Avoir de l’écoute ne l’est pas non plus. Il est nécessaire de relier les deux, sans interprétation ni jugement. En prenant le temps de comprendre ce que peut vivre une personne cela permet d’avoir une relation infirmier-patient plus riche, dans la confiance et le respect mutuel. Le patient se sent entendu et avoir une personne en face qui prend en compte ce qu’il dit est capital.

 

Apprendre l’hypnose :

  • c’est réapprendre à écouter, à accepter tout ce que le patient apporte ;
  • c’est apprendre à utiliser le moins bon pour le rendre bien mieux ;
  • c’est valoriser le positif oublié pour développer les capacités d’adaptation et d’évolution présentes en chacun de nous ;
  • c’est réapprendre à observer et à être attentif aux mots utilisés et au comportement. Les mots utilisés sont importants : je suis cancéreux, je suis sous chimiothérapie ;
  • c’est apprendre à ne pas être dans l’interprétation ni dans le jugement ;
  • c’est apprendre à accepter toutes les solutions apportées par le patient, y compris et surtout celles qui ne rentrent pas dans un cadre formalisé soignant.

Qu’est-ce que l’hypnose ?

L’hypnose est un état naturel qu’il nous arrive fréquemment à tous d’expérimenter dans de multiples situations de la vie courante, à différents moments de la journée. C’est cet état particulier de la conscience qui survient spontanément lors de la lecture d’un livre, en regardant un bon film à la télévision ou défiler le paysage dans un train… Nous savons que notre corps est là, dans la situation donnée, et notre esprit est ailleurs. C’est un état dissociatif entre le corps et l’esprit1-2

 

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L’hypnose procure un état modifié de la conscience, différent de la veille et du sommeil, pour lequel le psychologue François Roustang propose la définition suivante : Un état de veille intense, à l’instar du sommeil profond à partir duquel nous rêvons. De même que ce sommeil profond conditionne l’éclosion du pouvoir de rêver, de même cette veille intense nous fait accéder au pouvoir de configurer le monde. Cet état particulier de la conscience peut être induit grâce à l’intervention d’une autre personne, à l’aide de techniques spécifiques.

 

Une définition de cette approche est proposée par l’American Psychological Association (APA) : (définition élaborée par l’Exécutive Committee de l’APA, Division of psychological Hypnosis)3…Lorsque l’hypnose est utilisée, une personne (le sujet) est guidée par une autre personne (l’hypnopraticien) à l’aide de suggestions afin de modifier son expérience subjective, altérer ses perceptions, sensations, émotions, pensées et comportement. Les individus peuvent également apprendre l’autohypnose, qui consiste en le fait d’utiliser seul des protocoles d’hypnose. Lorsqu’une personne répond aux suggestions hypnotiques, on dit généralement qu’elle a été hypnotisée…

 

Au sein de la population générale, la sensibilité individuelle à l'hypnose est variable : 10 % des personnes sont peu sensibles. Sur les 90% de personnes dites sensibles, 90 % sont faciles à hypnotiser et 10 % très faciles à hypnotiser.4

 

 "Apprendre l'hypnose c’est apprendre à accepter toutes les solutions apportées par le patient, y compris et surtout celles qui ne rentrent pas dans un cadre formalisé soignant."

Déroulement d’une séance classique

Une séance d’hypnose formelle est un processus qui se déroule en plusieurs étapes durant lesquelles va s'organiser une certaine concentration de l'attention du patient afin qu'il puisse, dans un second temps, élargir son champ de conscience et explorer d'autres manières de faire et percevoir de nouvelles capacités, faire un pas de côté. Les différentes étapes sont les suivantes :

 

  • l’induction : il est demandé au patient de fixer son attention sur une perception ou plusieurs, successivement (visuelles, auditives, kinesthésiques, olfactives, gustatives), une douleur, un souvenir, une image, un mouvement, un son etc., selon le problème à traiter. Cette focalisation de l’attention, qui marque le début du processus hypnotique, permet au patient de faire abstraction de nombreux éléments extérieurs ou intérieurs. Cet état de centration sur l'individu, son corps et ses sensations permet le passage vers l'étape suivante, la dissociation.
  • la dissociation psychique est l'état hypnotique à proprement parler ou le sujet est à la fois ici et ailleurs dans son monde intérieur, extrêmement attentif à ce qui lui est proposé par le thérapeute. Il entre alors, accompagné par le thérapeute, dans un autre type de perception élargie (appelée "perceptude" par F.Roustang)5.
  • la phase thérapeutique, le patient, guidé par le thérapeute à l'aide de divers exercices (suggestions, métaphores...) est amené à observer son problème sous un autre angle, à puiser dans ses ressources, à imaginer d'autres types de fonctionnements qui lui permettront de contourner, résoudre ses difficultés.

 

La séance se termine par le retour à la sensorialité habituelle (= sortie de transe) avec les réaménagements apportés par la séance d'hypnose

L’hypnose conversationnelle

L’hypnose conversationnelle est une forme d’hypnose assez récente et qui n’a pas recours à une transe hypnotique. Elle se base sur un langage et des techniques bien spécifiques. Avec l’hypnose conversationnelle, le thérapeute va inciter fortement son patient à modifier un comportement par exemple, sans que celui-ci ne s’en aperçoive. C’est au détour d’une conversation que le professionnel ayant reçu une formation à l'hypnose va pouvoir suggérer cette modification. Il s’adresse directement à l’inconscient du patient sans modifier son état de conscience, donc sans le faire entrer en transe hypnotique.

 

Une séance d’hypnose conversationnelle ressemble en fait à une simple conversation entre un patient et son thérapeute. C’est au cours de cette discussion que le professionnel va émettre des suggestions destinées à l’inconscient du patient afin de l’inciter à changer de comportement. La personne ressort en pensant avoir simplement discuté, mais en réalité, le thérapeute a fait travailler son esprit inconscient.

 

Les étapes de l’hypnose conversationnelle sont plutôt simples. Il s’agit tout d’abord de focaliser l’attention de la personne sur vos paroles. Dès cette première phase, le vocabulaire utilisé peut avoir une grande importance. La deuxième étape consiste à passer outre le facteur critique. L’inconscient du patient n’est en effet pas accessible facilement, il est nécessaire de détourner son attention. Si des réponses corporelles commencent à apparaître, vous êtes sur la bonne voie pour débuter l’hypnose conversationnelle.

 

 "Une séance d’hypnose conversationnelle ressemble en fait à une simple conversation entre un patient et son thérapeute."

Quel crédit scientifique pour l’hypnose ?

En tant que professionnels de santé, il est légitime de se poser questionner sur les bases scientifiques qu’offre l’hypnose. Elle a montré son intérêt pour diminuer la consommation de médicaments dans le cadre de prémédication : une équipe de Rennes a montré que l’hypnose en chirurgie infantile, par rapport au midazolam, avait permis une diminution nette de l’angoisse préopératoire et un réveil des enfants de meilleur qualité6. De plus, les nouvelles techniques d’imagerie ont permis de confirmer l’action de l’hypnose sur le fonctionnement médullaire et cérébral. En effet, des études par TEP scan ont révélé que la modulation hypnotique du désagrément de la douleur chez des volontaires est corrélée à des modifications de l’activité dans le cortex cingulaire, sans modification de l’activité des autres aires corticales qui sont normalement activées lors de stimuli douloureux7 De plus, elle a été utilisée aussi avec succès dans des pathologies inflammatoires chroniques, comme le psoriasis, l’eczéma,…8. Enfin, l’hypnose bénéficie aussi d’une légitimité administrative car il existe un acte dans la CCAM, même s’il n’est pas codant, qui est séance d’hypnose à visée antalgique (code ANRP001).

Le langage hypnotique

Les mots néfastes

Il convient de désapprendre les phrases trop souvent utilisées par les soignants et qui engendrent des suggestions négatives. Il faut insister sur le fait que notre cerveau n’entend pas la négation : par exemple le fait de dire ne pensez pas à un éléphant rose impose directement une image d’éléphant rose. De même, lorsqu’un soignant dit cela ne va pas faire mal, cela implique que le soin va être douloureux. Il importe alors rayer de notre vocabulaire certains mots comme soucis (il n’y a pas de soucis), problème, urgence....

Les différents modes de communication

Lorsque nous nous exprimons, tout notre être est engagé. Trois modes de communication nous permettent d’exprimer nos idées et nos émotions :

  • la communication verbale : c’est l’expression des mots et le choix de ceux-ci est important ;
  • la communication paraverbale: elle est représentée par le ton de notre voix, le volume, le timbre, le rythme ;
  • la communication non verbale : il s’agit de de notre posture, de nos gestes.

 

Lorsque ces 3 modes de communication ne sont pas en phase, notre sincérité est entachée

Les outils de l’hypnose conversationnelle

Le premier élément est de réaliser une alliance avec le patient en se présentant, de se positionner à la même hauteur, de synchroniser (pacing) la respiration, de lui permettre une focalisation positive, de proposer un choix illusoire, de réaliser des saupoudrages de métaphores, de réaliser parfois une confusion.

La transe hypnotique

Lorsque nous réalisons des gestes douloureux, l’hypnose peut permettre un confort plus important, surtout lorsque le patient est en transe. Cela nécessite une formation solide et parfois du temps. Nous réalisons le plus souvent des inductions rapides et proposons systématiquement d’apprendre l’autohypnose afin de permettre au patient de maîtriser cette douleur induite mais aussi de soulager d’autres types de douleur. Nous demandons alors une fixation sur un point, une main, jusqu’à la fermeture des paupières, une détente musculaire, une induction de transe par la voix. Parfois nous induisons une analgésie d’une région du corps, ainsi qu’un voyage dans un souvenir ou un lieu agréable, une dissociation entre le corps et le mental.

 

 "L’hypnose permet au professionnel de santé infirmier, quel que soit la dimension du soins, préventif, curatif et palliatif, de prendre la personne soignée dans sa globalité"

L’infirmier, hypnopraticien

Le raisonnement clinique infirmier

La pratique infirmière est une pratique qui utilise des informations, issues de la recherche en soins infirmiers et d’études systématiques, permettant d’identifier les déterminants et facteurs qui influencent les besoins de santé et de soins ainsi que des interventions qui s’avèrent les plus efficaces pour y remédier dans un contexte et un ensemble des patients donnés.9 Cette pratique se décline au quotidien dans un modèle bi-focal, utilisant des ressources de compétences propres ou d’autres, issues du monde médical s’inscrivant dans le rôle médico-délégué.

 

Etant classée dans les méthodes psychocorporelles, l’hypnose s’inscrit naturellement dans le champ de compétence propre de l’infirmière, et ce après avoir suivi une formation adaptée. L’hypnose s’appuie sur le raisonnement clinique infirmier et la qualité de la relation hypnotique. L’hypnose permet d’améliorer la relation à l’autre, la relation de soin; que ce soit pour des soins techniques, relationnels ou éducatifs. La pratique de l’hypnose n’est pas une finalité en soi, l’indication répond à des objectifs précis, identifiés et posés lors d’un entretien avec la personne soignée, tout en considérant le diagnostic médical et les soins associés.

L’infirmier, l’hypnose et l’éthique

Dans la pratique quotidienne, les infirmiers s’appuient sur l’éthique du soin en questionnant les choix thérapeutiques raisonnés et personnalisés. La prise en charge de la douleur lors des soins de plaie dépend de ce processus de réflexion. Plusieurs textes encouragent les professionnels de santé infirmiers à œuvrer dans cette voie.

 

Le Code de la santé publique, (Art 4311-2 alinéa 5) indique que ’infirmier (ère) se doit De participer à la prévention, à l'évaluation et au soulagement de la douleur et de la détresse physique et psychique des personnes, particulièrement en fin de vie au moyen des soins palliatifs, et d'accompagner, en tant que de besoin, leur entourage.

 

La Loi du 4 mars 2002, (Art L 1110-5) stipule que Toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise en compte et traitée.
Dernièrement, le Code de déontologie infirmière précise dans son article (R. 4312-19) : En toutes circonstances, l’infirmier s’efforce, par son action professionnelle, de soulager les souffrances du patient par des moyens appropriés à son état et l’accompagne moralement. L’infirmier a le devoir, dans le cadre de ses compétences propres et sur prescription médicale ou dans le cadre d’un protocole thérapeutique, de dispenser des soins visant à soulager la douleur

 

Depuis 2002, les différents plans nationaux ont mis l’accent sur le développement des méthodes complémentaires, en 2006 on assiste à l’amélioration des modalités de traitements médicamenteux et à l’utilisation de méthodes non pharmacologiques. Enfin depuis 2013, les techniques non médicamenteuses font partie des moyens à mettre en œuvre dans le traitement de la douleur. Pour terminer, la Haute Autorité de Santé, au travers ses recommandations, propose l’utilisation de la relaxation et de l’hypnose dans le cadre du traitement de fond de la migraine de l’adulte et l’enfant (2003). En 2008, elle recommande la relaxation et l’hypnose dans le cadre des douleurs chroniques en complément aux méthodes médicamenteuses.

 

 "Il y a peu de temps naissait un Collectif "porte-parole" des infirmiers praticiens en hypnose"

Conclusion. Perspectives

L’hypnose est avant toute chose un excellent, voire, un puissant outil de communication qui bénéficie actuellement d’un crédit scientifique. L’hypnose permet d’améliorer la relation à l’autre, la relation de soin ; que ce soit pour des soins techniques, relationnels ou éducatifs. L’hypnose permet au professionnel de santé infirmier, quel que soit la dimension du soins, préventif, curatif et palliatif, de prendre la personne soignée dans sa globalité. En créant une alliance thérapeutique, le patient devient un acteur, responsable, responsabilisé dans ses décisions, soutenu, accompagné, ce qui lui permet de trouver un nouvel équilibre pour mieux vivre sa vie. Dans son modèle conceptuel, Rosemary Rizzo Parse (1981)10, voit la personne tel un être ouvert et indivisible, libre de choisir ses orientations grâce à sa capacité d'agir. L’infirmière a un rôle de facilitatrice, elle accompagne la personne dans la direction qu’elle a choisi et non dans celle qu’elle souhaiterait qu’elle prenne au regard de son propre cadre de référence qui n’est pas celui de la personne

 

Apprendre l’hypnose, c’est respecter de ne pas tout savoir, ni de savoir tout, tout en continuant à être disponible et sans jugement. Le patient se sent rassuré, il est libre de choisir et de remplir ainsi le chemin de sa vie. Avec l’apprentissage de l’autohypnose, le patient pourra faire appel à ses propres capacités, se rendant ainsi de plus en plus autonome.

Formation à la pratique de l’hypnose en France

En France, l’enseignement de l’hypnose existe au niveau universitaire. Actuellement, on recense un diplôme d’études supérieures universitaires (DESU) à Aix-Marseille, un diplôme inter universitaire (DIU) en Bretagne occidentale et en Bourgogne ainsi que plusieurs Diplômes universitaires (DU)11. L’enseignement existe également au niveau associatif et privé, avec des formations de durée variable (de 2-3 jours à 45 jours ou plus répartis sur plusieurs années). Elles sont ouvertes à un public plus ou moins large. Certains organismes se positionnent de manière très claire pour que la pratique de l’hypnose à visée thérapeutique soit réservée à des professionnels de santé, suivant le positionnement de la Société européenne d’hypnose (European Society of Hypnosis — ESH) et de la Société internationale d’hypnose (International Society of Hypnosis — ISH).

 

La Confédération Francophone d’Hypnose et de Thérapies Brèves (CFHTB) fait partie de l’ESH et l’ISH. Elle se donne pour mission d’harmoniser les programmes de formation à l’hypnose et aux thérapies brèves, et de développer des travaux de recherche scientifique et clinique dans ces domaines12.

 

Pascal VASSEURInfirmier libéral, La Crau (83)
Olivier SERANTONIInfirmier libéral, La Crau (83)

 

Article relayé sur Infirmiers.com

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