Opération sous hypnose : une première à l'hôpital de Flers

Le Dr Nasser Kettani a pratiqué la semaine dernière une première anesthésie sous hypnose. -
Le Dr Nasser Kettani a pratiqué la semaine dernière une première anesthésie sous hypnose. -

Mercredi 5 octobre 2016, les médecins du centre hospitalier de Flers ont réalisé une première opération sous hypnose. Une procédure qui est appelée à se développer.

Par Ludovic Lemoine.

Mercredi 5 octobre 2016, Nasser Kettani, médecin anesthésiste-réanimateur au centre hospitalier de Flers a un grand sourire à l’heure de rendre visite à Laurence (*), dans sa chambre. Quelques minutes plus tôt, il a utilisé l’hypnose pour anesthésier la jeune femme qui a subi une hystéroscopie.

 

« C’est une demande de ma part » sourit la jeune femme complètement remise de l’intervention et sereine. Durant trois quarts d’heure, elle était en état d’hypnose au bloc opératoire.

 

« Je sentais les choses mais sans aucune douleur. J’étais consciente d’être au bloc mais j’étais aussi ailleurs, dans mon souvenir. Cela n’a pas demandé d’effort particulier, simplement de la concentration. »

 

Lors du rendez-vous avec le médecin anesthésiste, la jeune femme avait évoqué un peu par hasard cette technique.

 

« J’ai posé la question car j’ai déjà vu des reportages sur l’hypnose mais je pensais que ce n’était réservé qu’à certains hôpitaux. J‘ai déjà subi beaucoup d’opérations avec des anesthésies locales ou générales, j’avais envie d’essayer une autre technique pour éviter les endormissements, le phénomène de réveil… ».

Formé durant un an

Le Dr Kettani vient justement d’achever une formation d’hypnose médicale d’un an.

« Il y a un an et demi, j’ai entendu parler de la pratique de l’hypnose médicale. Je devais faire une formation de chirurgie infantile et j’ai finalement décidé de réaliser une formation d’hypnose médicale. »

 

L’hypnose est un état dissocié, sentir son corps ici et ailleurs. Cet état de dissociation permet d’oublier la douleur. « On ne s’en occupe plus, on sent mais on n’a pas mal » poursuit l’anesthésiste.

 

Le Dr André, chirurgien, accepte de pratiquer l’opération sous hypnose. 

Favoriser une partie du cerveau

Lors du rendez-vous post opératoire, Nasser Kettani a demandé à la jeune femme de se remémorer un souvenir heureux, symbole de bien-être. Pour la jeune femme, il s’agissait d’un voyage. « Une partie du cerveau humain est très structurée, ne laisse rien au hasard. Et une autre partie est plus artistique, instinctive, permet l’imaginaire : il s’agit de favoriser ce côté plutôt que l’autre » explique le médecin. Mercredi, arrivée au bloc, l’anesthésiste a demandé à la jeune femme de se plonger dans son souvenir, la guidant au son de sa voix. « Je me suis concentrée sur sa voix et mon souvenir » explique la patiente.

 

Au terme de trois quarts d’heure d’opération, le Dr Kettani l’a fait revenir de son voyage très rapidement.

« En temps normal, il faut plusieurs heures avant de laisser sortir le malade, là, c’est beaucoup plus rapide ».

 

Au final, Laurence aura été actrice de son opération.

« Le chirurgien m’a demandé de prendre une autre position, ce que j’ai fait ».

Multiples intérêts

Outre l’avantage d’un réveil très rapide, sans phase de léthargie, cette technique permet de diminuer considérablement l’usage d’antidouleur et d’anesthésique.

« Sur une opération de ce type, il aurait fallu refaire une injection en cours d’intervention, cela n’a pas été le cas ».

 

Bienfaits pour le patient, mais aussi bienfaits économiques en raison du moindre usage de produits médicamenteux et d’hospitalisation.

 

L’hypnose a de beaux jours devant elle. « Mais on ne peut pas pratiquer l’hypnose pour toutes opérations » poursuit Nasser Kettani pour qui la maîtrise de l’anesthésie traditionnelle reste importante.

« En matière d’anesthésie, nous sommes capables de réaliser des performances extraordinaires. C’est un peu comme appuyer sur un bouton on/off, on peut réveiller ou endormir la personne à la minute prêt. »

 

L’hypnose, c’est une tout autre approche. Le médecin sera bientôt épaulé dans sa tâche à l’hôpital de Flers par une infirmière anesthésiste qui achève sa formation d’hypnose médicale.

« Tout le monde peut le vivre, c’est le patient qui fait lui-même le travail, je le guide vers ses sensations agréables ».

 

 (*) Prénom d’emprunt.

 

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