Vannes. Hôpital : sous hypnose, le patient acteur de son opération

Les Drs Erwan Arzul, ORL, Christelle Schmitt Lahogue et Pascale Tinel Conin, anesthésistes, entourent deux patientes opérées sous hypnose. (Stéphanie Le Bail)
Les Drs Erwan Arzul, ORL, Christelle Schmitt Lahogue et Pascale Tinel Conin, anesthésistes, entourent deux patientes opérées sous hypnose. (Stéphanie Le Bail)

Au lieu de les plonger dans le sommeil, des anesthésistes proposent à leurs patients de les immerger dans l’abysse de leurs pensées positives. L’hypnose au lieu d’une anesthésie générale, c’est ce que le Centre hospitalier Bretagne atlantique pratique pour certains actes chirurgicaux. Marie-Noëlle et Brigitte témoigne

Elles sont arrivées un matin à l’hôpital de Vannes pour, l’une comme l’autre, subir l’ablation d’une glande parathyroïde. Une opération en ambulatoire qui ne les garde à l’hôpital que la journée. Brigitte et Marie-Noëlle ont la particularité d’avoir fait le choix de ne pas être endormies pendant l’opération, préférant se laisser envahir par les pensées positives que le médecin ou l’infirmière anesthésiste va les aider à garder en éveil. Des lieux et des images mentales qui les portent en transe.

En osmose avec le patient

« Je n’étais pas préparée à ce qu’on me propose ce type d’anesthésie. Quand l’ORL, Dr Arzul, m’en a parlé, j’ai été en confiance et je me suis dit pourquoi pas ? Je me suis posée beaucoup de questions. Finalement, après la consultation de l’anesthésiste, j’ai été convaincue car j’ai senti un rapport de confiance et d’écoute », explique Marie-Noëlle. « Je suis partie très sereine au bloc. Ça n’a pas été que facile ; il y a eu un moment où je sentais trop ce qu’on était en train de me faire et j’ai perdu le fil, refaisant surface. À ce moment-là, la dose d’anesthésie locale a été augmentée et l’infirmière m’a dit les mots qu’il fallait pour approfondir la transe ».

 

Marie-Noëlle se félicite d’être allée au bout de cette expérience. « On ne se sent pas passif mais acteur de sa prise en charge. Et après l’opération, on n’a pas les effets secondaires d’une anesthésie ; c’est particulièrement positif quand on rentre le soir même chez soi ».

 

J’ai fait de mon proche environnement une cabine de plage, loin de ce qui se passait autour de moi.

De son côté, Brigitte explique avoir « une très grande appréhension de l’anesthésie générale ; on est endormie et on perd totalement le contrôle de ce qui se passe. C’est comme un arrêt dans notre vie. L’hypnose m’a séduite. Je suis allée en salle d’opération sans aucune angoisse, tout était clair et net. Ça a été encore mieux que ce que j’attendais. J’ai fait de mon proche environnement une cabine de plage, loin de ce qui se passait autour de moi ».

 Inscription


« L’hypnose n’est pas une compétence médicale, c’est une pratique à laquelle se forment autant les médecins que les infirmières anesthésistes. Au Centre hospitalier Bretagne atlantique (CHBA), depuis 2013, sept anesthésistes sur 19 se sont formés, ainsi qu’une dizaine d’infirmières », explique le Dr Pascale Tinel-Conin. « Tout est basé sur la confiance, l’alliance thérapeutique établit entre le patient et le soignant, en osmose ».

« Cela apporte plus d’humanité au bloc »

Les médecins constatent que cette pratique a changé l’ambiance des blocs opératoires devenus plus silencieux, plus calmes. « Quand le patient est sous hypnose, il y a des mots comme mal, piqûre, incision, injection, qui ne sont pas prononcés », précise le Dr Christelle Schmitt-Lahogue.

 

L’hypnose n’est jamais imposée. Elle est associée à une anesthésie locale et, à tout moment pendant l’intervention, une anesthésie générale reste possible si elle s’impose. Au CHBA, elle se pratique en ORL pour des parathyroïdectomies, dans certaines chirurgies de la peau, pour des coloscopies et certains actes gynécologiques.

 

« Techniquement, moi chirurgien, je suis un peu moins confortable, car c’est la position du patient qui prime pour que l’hypnose puisse bien se dérouler. Il y a peu de chirurgiens qui acceptent », constate le Dr Arzul, chirurgien ORL. « Ce qui me motive ce sont les retours très positifs des patients qui se remettent beaucoup plus vite car ils sont plus moteurs dans le soin. Par ailleurs, cela apporte plus d’humanité au bloc ».

Article relayé par Stéphanie LE BAIL pour LeTelegramme.fr

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